Réaction de l’ADBEN Midi-Pyrénées au texte de cadrage de la politique documentaire académique 2014/2015

Ci-dessous, la réaction de l’ADBEN Midi-Pyrénées à la politique documentaire académique 2014/2015 et au courrier d’accompagnement destiné au chef d’établissement daté du 25/08/2014.

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Toulouse, le 16 Octobre 2014

Madame la Rectrice de l’Académie de Toulouse,

Nous, membres du bureau académique de l’ADBEN Midi-Pyrénées, tenons à vous faire part de notre lecture critique du texte de cadrage définissant la politique documentaire académique 2014/2015 ainsi que de votre courrier daté du 25 août 2014 relatif à cette même politique adressé aux chefs d’établissements.

En préambule, nous regrettons que ce courrier concernant en premier lieu le professeur documentaliste soit adressé uniquement au chef d’établissement.

La première question fondamentale que nous souhaitons aborder est celle de l’inscription de l’EMI dans la politique documentaire académique en tant que prescription institutionnelle. La mise en place de ce dispositif ne peut se faire sans heurt avec la velléité des professeurs documentalistes à être autonomes dans leurs pratiques pédagogiques. De plus, dans un paragraphe consacré à la posture pédagogique de notre profession, cela semble restrictif au vue des actions pédagogiques menées par les enseignants documentalistes qui participent à l’EMI, certes, mais pas seulement. Qu’en est-il alors de l’enseignement- apprentissage des savoirs en information-documentation ? Nous ne pouvons être de simples guides, accompagnateurs des élèves dans « la production d’un travail personnel », des aidants dans l’accès à l’autonomie.

Ce texte reconnaît le rôle pédagogique des professeurs documentalistes pour, hélas, mieux le renier en parlant du renforcement du rôle de médiateur dans les apprentissages de la culture de l’information ainsi que de « l’expérimentation de nouveaux modes de collaboration entre C.P.E. et professeurs documentalistes » qui ont pour objectif sous-jacent d’assurer la « continuité de l’accès aux ressources documentaires sur le temps scolaire ». Comment, en effet, remplir correctement notre rôle pédagogique :

a) si nous sommes dessaisis de la gestion du support didactisé que représente le CDI ? Nous sommes pédagogues quand nous constituons nos collections et que nous organisons leur mise à disposition ainsi que lorsque nous accueillons les élèves et que nous leur apprenons à accéder aux ressources papier ou numériques.

b) et surtout si le C.D.I. se retrouve transformé régulièrement en salle d’étude supplémentaire  avec le risque d’une dégradation ou d’une disparition de nombreux ouvrages papier, et d’une utilisation inappropriée du réseau informatique, et des ressources numériques?

Nous pensons que la question sous-jacente de l’ouverture du C.D.I. sur l’intégralité du temps scolaire doit être résolue non pas en cherchant à l’intégrer à la Vie Scolaire, et en faisant appel à son personnel, mais en créant des postes de professeurs documentalistes au CAPES en nombre suffisant. La reconnaissance de nos heures d’enseignement (décret du 20 août 2014) ne changera rien à ce contexte car si, dans une logique de vie scolaire, le C.D.I. pourra être considéré comme étant fermé, dans une logique pédagogique, il sera ouvert dans le cadre d’un travail avec une classe, le professeur documentaliste offrant aux élèves une réelle formation en information-documentation.

Pour conclure sur l’inscription du Centre de Connaissances et de Culture dans la politique documentaire académique, nous attirons votre attention sur le fait que ce modèle reste expérimental et qu’il est loin de remporter l’adhésion de l’ensemble de la profession. Il est donc inquiétant que le CDI soit intégré dans ce dispositif dans un texte de cadrage, quand bien même serait-il académique.

L’autre question fondamentale abordée dans votre texte concerne le dispositif de formation. Nous craignons de voir « s’étoffer » les propositions de formation à distance au détriment à plus ou moins long terme de l’offre de formation en présentiel. Sans être contre une complémentarité des dispositifs de formation, nous attirons votre attention sur le fait que les formations en présentiel sont essentielles à la profession. De plus, les formations à distance ne peuvent être proposées uniquement en dehors des 30+6 heures du temps de service des enseignants documentalistes, les heures consacrées à l’auto-formation impactant déjà ce temps hors-service.

« Les spécificités du contexte territorial » sont clairement prises en considération dans ce texte de cadrage académique, mais elles ne doivent en aucun cas être un prétexte à l’abandon progressif des formations en présentiel, qu’il s’agisse du PAF ou des JDD.

Pour conclure, nous notons dans ce texte de cadrage académique des paradoxes entre, d’une part, la volonté affirmée de reconnaissance de la posture enseignante du professeur documentaliste contredite par sa place de médiateur, et d’autre part, la place des Centre de Connaissances et de Culture, qui, en leur qualité de modèle expérimental, ne recueillant pas l’adhésion de tous, pose problème dans cette politique documentaire académique .

Dans ce contexte, l’application du décret du 20 août 2014 à la rentrée scolaire 2014/2015 pose déjà nombre de questions… Et nous ne manquerons pas de revenir vers vous à ce propos.

Veuillez agréer , Madame, nos distinguées salutations.

Danielle Trouilh

Présidente de l’ADBEN Midi-Pyrénées

pour le bureau académique

(Le courrier de l’ADBEN à Mme la Rectrice en version pdf)

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Nous souhaitons également mettre en avant l’initiative de collègues professeurs documentalistes du Lot. Ils ont adressé un premier courrier adressé à Mme la Rectrice accompagné d’une pétition à destination de l’ensemble des collègues de discipline des établissements scolaires de l’académie et un deuxième courrier, plus catégoriel et destiné à M. l’Inspecteur IA-IPR vie scolaire et portant signature de nombreux collègues professeurs documentalistes de l’académie.

Courrier à Madame la Rectrice et pétition NSF:

Sur la « continuité de l’accès aux ressources documentaires sur le temps scolaire », telle qu’évoquée dans la circulaire rectorale en date du 25 août 2014.
Les enseignants du . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
à Madame la Rectrice de l’Académie de Toulouse

La mise en réseau informatique, aujourd’hui généralisée à l’ensemble des établissements, permet déjà aux élèves d’accéder, non seulement sur le temps scolaire, mais également sur le temps extrascolaire à l’intégralité des ressources numériques sélectionnées ainsi qu’au catalogue.
Transformer le CDI en salle d’étude supplémentaire …
– conduirait à la dégradation ou à la disparition de nombreux ouvrages du fonds papier, comme l’ont montré « les expériences déjà engagées dans l’académie » et ailleurs
– aurait pour conséquence l’impossibilité pour les enseignants d’assurer des séquences pédagogiques au CDI (travaux de recherche accompagnés, activités autour de la lecture, etc)
– ne permettrait plus aux élèves de bénéficier systématiquement de l’expertise du professeur-documentaliste dans l’accès aux ressources, notamment papier.

Des contraintes budgétaires que nous déplorons font que le nombre de postes offerts aux concours de documentaliste ne permet pas toujours l’ouverture du CDI sur l’intégralité du temps scolaire, cependant, nous estimons que la banalisation du lieu et sa simple surveillance par des personnels non formés créerait une situation encore plus préjudiciable sur le plan pédagogique.

Le Courrier à la rectrice et pétition NSF  en pdf

Courrier à Monsieur l’inspecteur IA-IPR vie scolaire:

Monsieur,
Vous n’êtes pas sans savoir que le concept du 3C est loin de susciter l’enthousiasme de la profession. Les modalités d’ouverture du CDI sont bien souvent une source de conflits avec les services de Vie scolaire et c’est au prix d’un véritable bras de fer que, dans beaucoup d’établissements, le professeur documentaliste est parvenu à faire du CDI autre chose qu’une salle de permanence informatisée. Vous comprendrez aisément dans ce contexte notre incompréhension et notre inquiétude à la lecture de la Politique documentaire académique. Comment faut-il comprendre notamment la préconisation du « décloisonnement des espaces de vie scolaire, salles de permanence, CDI » ? La circulaire rectorale en date du 25 août 2014 apporte des précisions peu encourageantes pour la profession : « il est nécessaire que soit assurée la continuité de l’accès aux ressources documentaires sur le temps scolaire », autant dire que le fait même de faire des cours au CDI est remis en cause à partir du moment où le lieu est fermé aux élèves de la permanence.

D’autre part, le décret n°2014-940 du 20 août 2014 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants exerçant dans un établissement public d’enseignement du second degré précise dans son article II que le service des professeurs documentalistes « peut comprendre, avec accord de l’intéressé, des heures d’enseignement. Chaque heure d’enseignement est décomptée pour la valeur de deux heures pour l’application du maximum de service prévu à l’alinéa précédent ». S’il nous semble normal que notre enseignement soit décompté de la même manière que pour les collègues d’autres disciplines, la publication de ce décret alors que le taux de recrutement des professeurs documentalistes ne permet pas de compenser la fermeture du CDI aura pour corollaire des tensions accrues avec les services de Vie scolaire. Dans ce contexte, il nous semble évident que la Politique documentaire académique sera comprise par les chefs d’établissement comme une carte blanche pour ouvrir le CDI en notre absence et sans aucune restriction. Notre inquiétude est grande et les garanties que semble être en mesure de nous offrir le concept du 3C fort minces…
– Qui ouvrira le CDI en l’absence du documentaliste?
– Qu’en est-il de la médiation pédagogique dans l’accès aux ressources quand l’accueil des élèves est assuré par des personnels précaires et non formés à la didactique de l’EMI?
– Sous quelles conditions les responsabilités dévolues au professeur documentaliste par l’arrêté du 1er juillet 2013 relatif au référentiel de compétences des métiers du professorat peuvent-elles faire l’objet d’une délégation ?

Autant de questions dont nous souhaitons pouvoir débattre librement dans le cadre des Journées départementales des documentalistes.
Veuillez croire, Monsieur, en notre implication au service de la réussite des élèves.

Le courrier à l’inspecteur IA-IPR vie scolaire en pdf

 

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